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Grandes ondes

Le Grand Mix ouvre sa saison par le Radar festival. Dans ce tête-à-queue artistique, le Radar sonde les grands fonds de la pop. Pour y voir plus clair, Sortir s’est entretenu avec Boris Colin et Julien Guillaume, respectivement directeur et programmateur du Grand Mix.


Grandes ondes
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Comment expliquer ce qu’est le Radar à quelqu’un qui arrive dans notre région ?
Radar est un festival porté par l’association La Passerelle, structure qui gère Le Grand Mix- scène de musiques actuelles implantée à Tourcoing. Ce rendez-vous annuel marque la reprise des concerts en salle et la fin des grands rassemblements musicaux estivaux. Notre volonté est d’accueillir dans les meilleures conditions possibles, tant pour le public (jauges intimistes dans des salles de spectacles de qualité) que pour les artistes, des groupes émergents peu médiatisés et peu ou pas encore vus dans la région dont la proposition artistique nous semble pertinente.

Comment le festival a-t-il évolué au fil de ces 6 éditions ?
Initialement programmé en octobre sur une semaine ou plus, Radar s’est désormais concentré sur 3 soirées en fin de semaine, le second week-end de septembre. En avançant ce rendez-vous à la rentrée, avant l’ouverture des autres salles de concert de la métropole lilloise, nous avons la garantie de ne pas être noyé dans une offre musicale pléthorique. Et en programmant sur 3 jours 15 groupes en 2 lieux différents par soir (Hospice d’Havré ou Fresnoy et Grand Mix), nous gagnons en lisibilité auprès du public.
Sur le plan artistique, nous avons gardé la même volonté de programmer des artistes émergents issus de la scène folk-pop-rock indépendant.

Quel en est le bilan artistique ?
Chaque édition apporte son lot de satisfaction et de révélation : la beauté de la prestation de Bon Iver, devenu entre temps un songwriter mondialement plébiscité en 2008, la générosité d’I’m From Barcelona et la fragilité de The Do, alors à ses tout débuts, lors d’une même soirée en 2007 ou encore l’accueil des enfants aux 5 barbus anglais de The Miserable Rich lors d’un concert en crèche l’année dernière!

En quoi cet événement est-il relié à la ligne artistique du Grand Mix ?
L’orientation « pop-rock» revendiquée par cette édition fait délibérément l’impasse sur des genres comme l’électro, le rap, le metal, chanson etc. Comment justifier ce choix ?
Cet évènement se veut un coup de projecteur sur le travail de défrichage et de découverte que l’on mène à l’année dans notre salle. Depuis 2001 et son premier changement de direction, le Grand Mix a développé une forte identité autour de la « pop moderne » anglo-saxonne en programmant des artistes de folk-pop-rock indé en très grande partie étrangers. Comme tous les choix, cette stratégie est discutable mais elle permet à notre lieu d’être clairement identifié auprès du public, d’avoir des abonnés fidèles et nombreux et de proposer des artistes internationaux mondialement reconnus.

Concrètement qu’est-ce qui nous attend durant ces trois jours ? Même si vous assumez l’intégralité de l’affiche, quels sont les artistes que vous attendez particulièrement ?
Nous allons accueillir 15 groupes sur ces 3 jours de festival avec chaque début de soirée un « after-work » dès 18h30 à l’Hospice d’Havré ou au Fresnoy puis dans la foulée 4 groupes au Grand Mix. La programmation est assez inédite puisque la plupart des groupes n’a jamais joué dans la région ! Elle est également tournée vers l’international avec 80% des musiciens en provenance de l’étranger (USA, Canada, Royaume-Uni et Australie) mais présente également quelques artistes locaux dont nous aimons particulièrement le travail: Léo(88man), Red et Al’1 et Ant’1 et leurs machines sonores.
On attend la confirmation par le live de tout le bien que l’on pense de nos « têtes d’affiche » dont les derniers albums sont très enthousiasmants : Black Mountain, PVT, Archie Bronson Outfit et Caribou. Et au volet révélation, on espère beaucoup de la prestation de l’anglaise Anna Calvi qui devrait faire parler d’elle sous peu, croisement réussi entre PJ Harvey et Jeff Buckley, et des jeunes Français de Quadricolor, annoncés unanimement comme la relève de Phoenix !

Et ces concerts qui se déroulent en marge du festival, à l’Hospice d’Havré, au Fresnoy. Qu’est-ce que c’est exactement, un faux off ?
Non, plutôt un vrai « in » ! Et avant tout l’opportunité de sortir de nos murs pour proposer des concerts des Américains d’Emily Jane White et Musée Mécanique dans une configuration appropriée à la beauté et la mélancolie de leur musique : le cadre intimiste de la salle de spectacle de l’Hospice d’Havré.
Nous investissons également la grande salle de cinéma du Fresnoy pour présenter Séville 82, une création toute fraiche et pour le moins originale ! Il s’agit d’un ciné-concert mis en musique par Red et deux acolytes basé sur les images de la retransmission télé de la demi-finale de la Coupe du monde de football de 1982 entre la France et la RFA. Un match mythique d’une intensité dramatique inégalable (l’agression de Battiston par Schumacher, les deux buts d’avance de la France dans les prolongations puis la défaite finale aux tirs au but) avec des joueurs d’exception (Platini, Giresse, Tigana, Rocheteau…) qui risque à nouveau de faire couler quelques larmes près de trente ans après !

La programmation de ce Radar est assez pointue. Quelle réaction attendez-vous du public ? Comment définiriez-vous le public type du Grand Mix ?
Comme je le disais précédemment, en ayant une identité artistique forte, nous avons réussi ces dernières années à fédérer un public fidèle, à aiguiser ses gouts et sa curiosité. De plus, nous avons développé de nombreux partenariats et projets transfrontaliers, ce qui fait que de plus en plus de Belges suivent notre programmation. Nous réussissons donc désormais à mobiliser un auditoire conséquent sur des affiches défricheuses, à susciter le désir de venir découvrir dans notre belle salle des groupes encore peu connus !

Comment se bâtit un événement comme celui-ci ? Quels sont vos impératifs ?
Les impératifs financiers et notre volonté d’être un festival intimiste, en salle, avec une jauge à 600 personnes cadrent bien évidemment notre projet et nous obligent à axer notre programmation sur la découverte. On veille tout de même à avoir une tête d’affiche (à notre échelle !) par soir pour donner un repère au public puis on sollicite les groupes en tournée européenne à cette période qui excitent le plus nos oreilles ! En plus des groupes que l’on sollicite et de ceux que l’on nous propose, il y a trois très gros festivals ce week-end là à proximité (End of the road et Bestival en Angleterre et Berlin Festival en…Allemagne) dont bien évidemment la programmation nous influence.

Comment situer ce festival sur la carte des autres festivals défricheurs : votre autre événement « le Grand Mix défriche », Le Sonic City du De Kreun ou le Ground Zero d’A Gauche de la Lune ?
Tout ces rendez-vous ont leur identité propre de par leur contenu artistique, leurs lieux d’implantation et leur organisation et cette effervescence est salutaire pour les organisateurs de concerts et avant tout pour le public qui dispose d’une offre pléthorique! Chacun organise son festival avec sa sensibilité, ses envies et ses moyens. Notre Radar est moins radical que le Sonic City de nos voisins belges mais plus anglo-saxon et concentré dans le temps et dans l’espace que Ground Zero, etc.

Avez-vous un modèle, une référence en matière de festival ?
Les Trans-Musicales de Rennes est un rendez-vous assez unique qui impose le respect puisqu’une grande partie de la programmation est inédite sur le territoire français et que l’affluence est massive ! Ce qui se fait à La Route du Rock de Saint-Malo est aussi très intéressant car leur ligne artistique est très exigeante, pointue et sans concession !

Vous appartenez à un réseau transfrontalier, le 4X4 et vous collaborez avec la Cave aux Poètes de Roubaix, pourquoi ne pas éclater ce festival à travers ces différents lieux ?

Nous organisons déjà pas mal de choses ensemble mais sommes très attachés à Tourcoing, une ville qui mérite et qui a besoin de rendez-vous culturels forts et exigeants donc pour l’instant nous préférons développer notre implantation locale, réfléchir à de nouvelles façons d’être un festival de ville et de salle.

Un classement des villes les plus pauvres de France a été publié cet été et Tourcoing y figure, hélas, parmi les villes les plus touchées. Comment travaille-t-on dans ce contexte ?
En ayant pleinement conscience de ce contexte, ce qui signifie, en particulier, proposer des concerts de qualité à un tarif bas. Par ailleurs, nous réalisons un travail régulier de médiation avec les Tourquennois pour les sensibiliser à notre culture et/ou les faire participer activement à nos projets (concerts en crèches, organisation de rencontres avec des artistes, accompagnement des groupes tourquennois, organisation de concerts avec des adolescents tourquennois, mise en place cet automne d’une chorale pop rock composée de seniors tourquennois, travail avec les centres sociaux, MJC et autres équipements culturels de la ville…).

Et au niveau financements publics comment ça se passe ?
Le contexte n’est pas réjouissant. La période n’est clairement pas au développement, plutôt, au mieux, à la stabilité. Nous sommes surtout inquiets pour la période 2011/2012, il est très difficile de se projeter et donc, de bâtir des projets dans ce contexte très incertain.

Pour rester dans les sous, quelle est la politique tarifaire du Grand Mix en général et sur le Radar en particulier.
Une politique tarifaire basse qui favorise l’accès du plus grand nombre à notre programmation. Ceci est valable tant pour Radar que pour l’ensemble des concerts que nous produisons.

Ce festival ouvre votre saison. Est-ce un condensé de ce qui nous attend dans les prochains mois ?
Tout à fait mais avec quand même plus de place laissée à d’autres styles musicaux! La programmation du trimestre à venir est d’ailleurs désormais annoncée sur notre site. On pourra venir voir et écouter, entre autres, la révélation soul Aloe Blacc, la pop extravagante d’OF Montreal, le hip-hop anglo-saxon de Ty, Keith Murray et Foreign Beggars, les chansons d’Arnaud Fleurent-Didier et Florent Marchet, le rock des cultissimes Américains de Swans et Helmet ou l’electro de Ratatat et Kele !

Un conseil de sortie chez la concurrence prochainement ?
La métropole lilloise est certainement la ville de province où l’offre de concert est la plus forte, alors les bonnes soirées ne manquent pas ! En septembre, « petit » mois de programmation, les concerts de Karaocake à la Cave aux Poètes, de Lone Wolf à la Péniche et de Joanna Newson à l’Aéronef semblent incontournables !

 

Bertrand Lanciaux

Radar Festival
Black Moutain, Caribou, Part Chimp, Archie Bronson Outfit, Damien Jurado, Here We Go Magic, PVT (Pivot), Anna Calvi, Emily Jane White etc.
du 9 au 11 septembre au Grand Mix
5 place Notre Dame, Tourcoing
Tarifs : After Work : 6€ ; jeudi 9: 20€ /17€ ; vendredi et samedi : 15€/12€
Forfait 3 jours : 40€/35€
03 20 70 10 00

www.legrandmix.com