3 écrivains qui vivent en région et qui, malgré toutes les différences de styles et d’écriture, ont en commun l’amour et l’humour des mots…
Lucien Suel, Mort d’un jardinier
Tôt le matin, un homme déambule dans son jardin, tous les sens aux aguets. Sur le mode du tutoiement, il nous interpelle et nous raconte avec minutie ce qui s’y passe, ce qu’il voit et ressent dans ce lieu devenu métaphore de la vie et où il « snife l’encens du souvenir ». Brûler les mauvaises herbes, bêcher, semer, planter, récolter. « …tu avances dans un mouvement de pagayeur traçant l’entaille dans le flux de la terre affinée, tu sors de ta poche les promesses de récoltes futures, » Et puis page 47, une vilaine douleur à la poitrine au milieu des bûches, et tout bascule. Une vie, la vie du jardinier défile à toute vitesse, pas le temps de s’arrêter aux points, de la ponctuation, ne reste que les virgules. L’écriture de Lucien Suel colle au rythme de la pensée, dans le désordre. La phrase sans point s’affole, comme le cœur du jardinier et la poésie naît de ce rythme inhabituel. Pas question de souffler, la vie n’attend pas et nous haletons au fil de l’infini de ces phrases qui accélèrent la narration en épousant l’étouffement du narrateur. La mémoire part en vrille et tout à trac dévide l’écheveau du passé. Le livre n’est qu’une grande spirale vers la mort, mais rien de dramatique, pas grand-chose en somme.
Daniel Laurent, Boutons de Princesse
Pour son premier essai romanesque, Daniel Laurent a choisi la forme du conte philosophique illustré par des gravures du XIX ème siècle. Voici l’histoire de Nikos, un philosophe guérisseur qui à l’appel du roi de Belle-Rade, ville au-delà du Nord des boussoles, et de la princesse Nisi, entreprend un périlleux voyage pour aller débattre avec cette étonnante princesse - qui préfère la lecture à la recherche des prétendants - de la plausibilité des hypothèses. Quand la poésie rencontre la philosophie et que la profondeur des idées s’accommode de la légèreté du style, il serait dommage de s’en priver !
Editions Nuit Myrtide, 2008
Comme quoi la poésie n’est pas toujours ce que l’on croit, comme quoi, la survie par les mots est un art qui demande un engagement envers la littérature, comme quoi, écrire pour rester vivant est la tâche que s’assigne tout écrivain … Comme quoi est un ouvrage où il est question de corps en déliquescence, de l’homme, de la terre, d’angoisse et de déchéance, porté par une langue énigmatique et musicale. Dominique Quelen écrit de la prose, de la poésie, des textes, histoire de se jouer des mots et d’une langue dont le matériau n’exprime pas forcément un message mais du plaisir.
Les corps sont à rude épreuve, celui de Comme quoi se délite doucement, comme le temps qui passe et nos vies qui s’effritent. Dominique Quelen, qui aime bien citer Paul Valéry : « De deux mots, il faut choisir le moindre. », recherche à travers ses textes qu’il sculpte lentement à la manière d’un artisan, sonorité, rythme et fluidité de la langue, fondement de son travail d’écriture.
Editions L’Act Mem, 2008

