Quand bien même la période s’y prête, ce carnet de notes ne sera pas un best of de l’année 2009. Quiconque s’est essayé à l’exercice sait combien celui-ci est périlleux mais surtout fastidieux. Voici donc un carnet de fin de saison avec peut être quelques disques mémorables.
Il paraît que la valeur n’attend pas le nombre des années. Vincent Ségal et Ballaké Cissoko se connaissent depuis des lustres et jouent occasionnellement ensemble. Pourtant ils ont attendu patiemment avant de graver sur disque le fruit de leur impressionnant dialogue d’instrumentistes virtuoses, l’un au violoncelle, l’autre à la kora. Bien leur en a pris, car là où certains se seraient précipités dans le tour de force, nos deux compères ont su mettre à profit le temps de la rencontre et de l’échange pour livrer une œuvre d’une beauté immédiate et intemporelle, et osons même universelle. Chamber Music (No Format) est d’évidence un grand disque que l’on doit une fois de plus à l’irréprochable label No Format. L’agenda de Ségal doit ressembler à celui du Premier Ministre puisqu’outre ce somptueux disque, on le retrouve avec son alter égo Cyril Atef aux côtés de Nathalie Natiembié, surnommée la punk du maloya réunionnais. Sur Karma (Sakifo/Wagram), l’alchimie entre les vocalises sourdes et violentes de la diva créole et les improvisations protéiformes des Bumcello fonctionne plutôt bien, se joue des convenances et des styles et impose un souffle chaud et vivifiant. Tout cela laisse entrevoir de belles perspectives quant au rendu scénique de cette aventure.
Pour Sweetback, il aura fallu attendre dix ans entre leur premier album et The Lost and Found Republic (Yotanka/Discograph). Trio saxophone – contrebasse – batterie, Sweetback pratique une fusion acérée à consonance jazz et rock mais pas jazz rock. Les gaillards, déjà croisés avec Zenzile ou Lo Jo, se revendique autant du hardcore de Fugazi, du free de Coltrane et de l’électro organique de Red Snapper. Celles et ceux qui se repèrent dans les références ici citées comprennent immédiatement qu’on n’a pas à faire à un groupe de plus œuvrant dans le grand bourbier de la musique lounge. C’est du vif, du brut mais ça ne manque pas de groove. Pour celles et ceux qui sont plus portés sur des rythmiques ensoleillées, on leur conseillera le dernier Fanga, combo qui place Montpellier sur la carte mondiale de l’afro beat entre Lagos, Accra et New Yok. Car ce Siri Ba (Underdog/Rue Stendhal) n’a rien à envier à ce qui se produisait dans les arcanes du Shrine et moins encore à ce que livrent les Antibalas et autres Budos Band. Exception faite du titre chanté par le surestimé Winston Mac Anuff, cet album est un sans faute duquel émerge un somptueux Dounia décliné en deux versants, le second laissant la part belle au chant choral du Togo All Stars. Du soleil encore et toujours, Gilles Peterson, le plus célèbre des Crate Digger, en a trouvé à Cuba. Sa double compilation Havana Cultura (Brownswood Recording) ne plonge pas dans les archives discographiques de l’île mais rend compte au contraire des jeunes talents artisans du nouveau son cubain. Ces derniers n’hésitent pas à s’emparer des répertoires hip hop et autres courants urbains pour donner vie à une nouvelle musique latine. Fraîche et rythmée, cette compilation est sans aucun doute la meilleure sélection qu’ait dirigé le petit prince anglais du groove depuis longtemps. Merci monsieur Peterson !

